dimanche 27 février 2011

Janvier 2011






UN DÉSIR D'AMAZONE










Samedi 1er

Trois heures et demie. – Si l'année n'est pas plus agitée que son jour inaugural, nous avons devant nous un avenir de marmotte. Il est vrai que le temps gris et humide n'incite guère à l'agitation. Du reste, plus le temps s'écoule et moins je trouve sérieuses les raisons de s'agiter, y compris lorsqu'il fait beau. Et comme Catherine est sur la même pente…

– Mail de Dominique (Pluton) dans lequel il me dit qu'il viendra à Paris à l'occasion d'un congrès médical vers le 20 janvier, et qu'Anna pourrait alors l'y rejoindre pour venir passer le week-end ici. J'ai bien entendu accepté d'enthousiasme.

– Abandonné un petit moment le Japon pour lire les textes d'Alain consacrés à Balzac. Ce faisant, je mesure tout ce que le Balzac et son monde de Félicien Marceau leur doit. Cela étant, moi qui n'avait jamais lu Alain (c'est honteux, je sais bien), je trouve son style bizarre, bien qu'incapable de dire exactement en quoi. Il me fait l'effet de quelqu'un qui, d'un premier jet, écrirait naturellement simple, et qui reviendrait ensuite sur son texte pour l'opacifier, l'épaissir. Très curieux. Pas spécialement agréable, au moins pour l'instant.

– Demain, à déjeuner, les Crevette et YZ alias Robert Marchenoir – et il va bien falloir que je décide du nom que je veux lui donner ici, sous peine de trahir son anonymat. À moins d'en changer selon le contexte. Par exemple, ici, étant associé aux Crevette, donc plus ou moins au blog, il pourrait être Marchenoir, ce serait le plus logique. À d'autres moments, je pourrais parler de lui comme YZ (je l'ai d'ailleurs déjà fait, mais en toute innocence, alors). Le tout est de faire attention qu'il n'y ait aucun point de contact entre les deux, même à quelques mois de distance : il y a des lecteurs vicieux…


Dimanche 2

Dix heures dix. – Quelques mots en passant. J'ai très bien fait d'aller faire les quelques courses restantes de bonne heure : il n'y avait à peu près personne au Super U ni à Pacy, j'ai tout bouclé en moins d'une demi-heure. Il me reste à aller chercher le sieur Marchenoir à la gare de Vernon, où il doit débarquer du train de Paris en principe à 11 h 24. Avant, ne pas oublier de descendre les paniers des chiens au sous-sol et de “sécuriser” celui-ci – c'est-à-dire ne laisser à portée de gueule ni linge sale ni surtout sacs de croquettes.

Le simple fait de savoir que j'attends de la visite fait que j'ai depuis ce matin nettement plus envie de fumer que les jours précédents. Mais comme je m'y attendais, l'effet est largement désamorcé. Deux semaines aujourd'hui. Pour me soutenir, je me dis que, ce soir, en guise de récompense, je m'octroierai quelques verres des vins qu'il ne manquera pas de rester dans les bouteilles. Tout en sachant que je n'en ferai probablement rien.


Lundi 3

Quatre heures. – Hier, j'ai pensé cinq ou six fois, dans le courant de la journée, qu'il fallait que j'appelle ma mère pour lui souhaiter un bon anniversaire (78 ans). Mais, parce que nous avions du monde, ce n'était jamais le moment. Résultat, en m'éveillant ce matin, je ne savais plus trop si je l'avais appelée ou non ; Catherine m'a confirmé que non et je ne l'ai fait qu'à midi, avec 24 heures de retard, ce qui, je crois bien, ne m'étais encore jamais arrivé.

Il faut dire que j'avais rompu le jeûne et fait assez grand honneur aux différents vins que nous avons proposés à nos hôtes, ainsi qu'à ceux apportés par eux, ce qui n'aide pas à se souvenir de ce genre d'impératifs filiaux. Je suis d'ailleurs très content d'avoir bu hier. D'une part pour le plaisir de renouer avec une gentille ivresse, laquelle est venue très facilement en raison de ma désaccoutumance ; mais surtout parce que j'ai pu constater que cela n'augmentait en rien mon envie de fumer, laquelle est restée fort discrète malgré la présence de Damien (fumeur). Je pense tout de même qu'il reste préférable de ne pas me remettre à boire si je suis en présence de gros fumeurs : je ne sais pas si, l'envie survenant, je serais capable de lui résister.

– Journée agréable en tous points, donc, avec les Crevette et YZ, alias Robert Marchenoir. Ce dernier et moi ne nous étions pas vus depuis une dizaine d'années. Il en a profité pour grisonner assez sévèrement. Damien et lui ont eu une conversation assez animée à propos du libéralisme (Damien est ce qu'on pourrait appeler un ultra-libéral sans concession, alors que YZ non), laquelle m'a fort intéressé, même si j'ai évité d'y mêler trop mon grain de sel par défaut de compétence en ces matières. Axelle commence à s'arrondir gentiment. Elle m'a par ailleurs vivement conseillé la lecture de Jacques Ellul, ce qu'en effet je veux faire depuis un moment assez long déjà, mais sans trop savoir par où commencer. Nous avons naturellement beaucoup parlé d'immigration, du possible anéantissement de l'Europe et du mépris que nous inspiraient ceux que Renaud Camus nomme les amis du désastre. Bref, ce fut une réunion nazie tout ce qu'il y a de plus nauséabondement réussie.

– Aujourd'hui, journée fort calme, ma seule activité ayant consisté tout à l'heure à passer à la déchetterie pour m'y débarrasser des bouteilles vides, nombreuses et narquoises puisque témoignant de nos orgies passées, puis à aller faire le plein de graines de tournesol à la jardinerie, pour ces pauvres oiseaux qui claquent du bec depuis hier. Ah, oui : j'ai également fini le livre d'Alain sur Balzac et relu les premières pages du Lys dans la vallée. Je compte reprendre aussi Le Curé de village, Une ténébreuse affaire et Le Cabinet des antiques. Pendant ce temps, l'histoire du Japon, fraîchement arrivée, attendra.


Mardi 4

Cinq heures. – Journée à tonalité morose, je ne saurais même pas dire pourquoi. Un vague ennui s'étendant sur toute chose, tel un voile à peine visible mais bien réel. Toute décision de faire quelque chose se résolvant immédiatement en velléité avortée, telle une eau se perdant dans le sable. Avec ça, ou peut-être à cause de ça, l'envie de fumer a été aujourd'hui plus présente. Non peut-être l'envie elle-même, d'ailleurs, mais plutôt une sorte de lassitude entraînée par le fait de ne pas fumer. Je suppose que j'affronte l'un des pièges majeurs du sevrage : plus aucun progrès perceptible, comme c'est le cas durant les premiers jours, mais en revanche la persistance du manque, qui semble s'installer en vous pour durer éternellement.

– En plus de cela, j'ai mal depuis hier à une dent (maxillaire supérieur droit), alors que je suis allé me faire “réviser” le râtelier il n'y a pas deux mois.

– Catherine vient d'entrer dans la Case en disant : « Je viens repasser un peu, sinon je sens que je vais me rendormir. C'est terrifiant ! » Terrifiant, je ne crois pas, mais enfin il est exact que, le temps passant, nous devenons l'un comme l'autre capables de nous offrir deux siestes dans l'après-midi si aucune obligation ne nous jette à bas de nos fauteuils respectifs.

– À propos d'obligation, je suis tout de même descendu à Pacy tout-à-l'heure, afin d'y acheter du pain pour nous et des croquettes pour Elstir. Je suis également passé à la Poste pour envoyer une lettre en recommandé avec accusé de réception à certain officier du Ministère public s'occupant des radars routiers, car Ludovic a été flashé à 99 km-h au lieu de 90, et avec notre seconde voiture. il fallait donc signaler dûment que j'étais tout à fait innocent de ce crime imputé. Mais il fallait le faire en cachette de Ludovic, car, persuadé d'avoir été flashé à tort (ce qui est peut-être vrai du reste), il avait déjà annoncé son intention de contester l'amende, ce qui risquait de nous entraîner dans d'invraisemblables complications. Par conséquent, Catherine a décidé de payer sans rien lui dire. « Et pour son point de permis en moins ? lui ai-je demandé. Il va bien s'en apercevoir, non ? – On avisera à ce moment-là ! » me fut-il répondu. Well

– Je suis de plus en plus fatigué des commentaires qui se multiplient sur le blog-mère et de ces gens qui s'engueulent là à propos de tout et de rien, sous prétexte que je ne censure personne. Dans un premier temps je m'étais dit que le fait de ne plus m'en mêler suffirait à faire comprendre aux uns et aux autres que j'étais un peu lassé de tout cela – mais apparemment non. Il va peut-être me falloir fermer totalement les commentaires, au moins pendant un temps, afin de ramener tout le monde à plus de sagesse.

– (Et, à l'instant, Catherine, repassant, dit : « Il n'empêche : je me demande ce que tu peux bien trouver à écrire dans ton journal, alors que tu n'a rien fait de la journée. » Moi : « Eh bien, tu le sauras dans deux mois, en le lisant. » Elle : « Oui, mais je ne me souviendrai plus que c'est précisément ce jour-là que je me suis posé la question… » C'est pourquoi je m'empresse de le noter.)

– Je ne pense pas qu'on puisse être un grand romancier sans être d'une certaine manière amoureux de la bêtise. Non pas simplement révolté par elle, ni même fasciné, mais bien amoureux. Je pense que Balzac l'était, ainsi que Proust. Et, bien entendu, longtemps avant eux, Rabelais. Mais Flaubert, quoi qu'il en dise, l'est moins, ou pas de la même façon : la bêtise lui est plutôt un adversaire, à qui il faut faire rendre gorge, il n'a pas d'attendrissement face à elle. Et c'est pour cela qu'il est moins grand que Balzac.


Mercredi 5

Cinq heures. – YZ est bien toujours aussi parano que dans mon souvenir : apprenant que je parlais de lui dans ce journal (sous son nom de blogueur), il m'a aussitôt demandé, fort courtoisement, de bien vouloir supprimer toute allusion à sa personne, me démontrant par a + b qu'il serait très facile, à des esprits mal intentionnés, de percer son anonymat à partir de moi. Du reste, il a peut-être raison. Je me suis bien entendu exécuté. Et d'autant plus facilement que les entrées le concernant étaient fort peu nombreuses.

– Nous revenons d'Évreux, Catherine et moi, où nous sommes allés m'acheter de nouvelles lunettes (les actuelles ont cinq ans). Nous les avons choisies rondes – de forme générale ronde – et nanties d'une monture d'un vert pétant, quasiment fluo. Comme m'a dit Catherine en sortant de chez l'opticien (au bout d'une heure : je commençais à sécher sur pied d'impatience) : « Au moins, cette fois-ci, tout le monde va s'apercevoir que tu as changé de lunettes ! » Il y a des chances en effet. Et je me demande accessoirement pourquoi DES lunettes possèdent UNE monture.

– Presque terminé Le Lys dans la vallée, qui certes ne m'a pas autant ennuyé que la première fois, mais enfin qui ne m'a pas soulevé d'enthousiasme non plus. La seconde moitié est nettement mieux que la première, lorsque le monde extérieur fait vraiment irruption dans le roman. Il y a aussi que Félix de Vandenesse me fait l'effet d'un grand niais, et Henriette de Mortsauf celui d'une insupportable oie blanche, assez imbue d'elle-même, finalement, en dépit de ses prétentions à l'humilité et à la vertu. Comment peut-on s'enflammer pour une dinde pareille ? On en deviendrait presque impatient des malheurs qui l'attendent.

– Dominique et Anna (Emma et Pluton) seront chez nous durant le week-end du 21 janvier, et je m'en réjouis fort. En plus du plaisir de les voir, il y aura celui de rompre pour un soir ou deux le jeûne alcoolique… avant d'attaquer le prochain BM (322).

– À propos de BM, Marie-Thérèse vient de m'apprendre (à moi entre autres auteurs des éditions Vauvenargues) qu'elle serait en retraite à compter du 31 janvier. C'est-à-dire que je rendrai mon prochain roman à sa remplaçante, qu'il faudrait bien que je m'arrange pour rencontrer avant, d'ailleurs. De même qu'il serait bon que je déjeunasse (pff...) avec Marie-Thérèse avant son départ définitif. Peut-être un “tir groupé” ?


Jeudi 6

Midi et demie. – Je viens de fermer les commentaires sur le blog-mère, après avoir découvert, en ouvrant ma boitamel à FD, que tout le monde continuait à échanger des noms d'oiseaux sans rime ni raison, que pour un malheureux commentaire perdu on m'accusait de censure, qu'un autre prétendait que je savais très bien qui il était, alors que non, etc. Un bon saupoudrage de paranoïa générale là-dessus et la coupe a débordé. Je rouvrirai sans doute les vannes samedi, une fois de retour à la maison.

Le pis dans cette histoire est qu'on en arrive, à part deux ou trois commentateurs, à ne plus du tout se soucier du billet originel, de son contenu. Je ne dis pas que ce soit toujours bien passionnant, profond encore moins, mais enfin on pourrait me semble-t-il faire au moins semblant de s'intéresser, pendant qu'on est là…


Vendredi 7

Midi et demie. – Je suis très content de la fermeture des commentaires, opérée hier sur le blog-mère : l'impression d'être en vacances, et de l'être de façon indue, buissonnière. Et, conséquence inattendue, je me suis trouvé, ce matin, réduire considérablement mon “tour des blogs” quotidien – au moins de moitié –, comme si le silence sur le mien produisait naturellement chez moi un effet de recul vis-à-vis des autres (pas sûr d'être bien clair, là…).

– Reçu hier les deux livres de Jacques Ellul commandés il y a trois ou quatre jours sur instigation de la Crevette (nous avions parlé de lui lors de notre déjeuner du 2) : Islam et judéo-christianisme d'une part et son Ce que je crois d'autre part. Je suis parti ce matin avec le premier des deux, qui est aussi le plus mince. Bien le diable si je n'en tire pas un sujet de billet.

– Il convient de taper sur l'islam sans aucune relâche, de saisir la moindre occasion de le faire ; en décidant une bonne fois pour toutes que l'on méprise absolument les petits crachats que cela va nous valoir de la part de Modernœud. Je ne sais pas si la France peut encore être sauvée (la France telle qu'elle fut et non telle qu'elle sera), mais enfin il ne faut rien négliger pour tenter le sauvetage. À mon niveau, que puis-je faire de plus et de mieux que de dire ce que je vois ? De mettre le doigt sur les contradictions et l'absurde aveuglement de nos adversaires ? De dénoncer à chaque occasion notre ennemi ? Je n'ai plus l'âge de prendre les armes, même métaphoriquement, et d'autant moins que le moment ne semble pas encore venu, s'il vient jamais, ce dont je doute de plus en plus, le degré d'abaissement et d'abjection de mes contemporains étant ce qu'il est.


Dimanche 9

Six heures moins le quart. – Rien écrit ici hier, comme on peut le constater, et pas beaucoup plus envie d'y noter quoi que ce soit aujourd'hui. Je ne sais trop pourquoi, du reste. Peut-être parce que je n'ai rien à dire, mais enfin, la plupart du temps, ce n'est pas ce qui m'arrête.

– Tout va bien sur le front du tabac : trois semaines aujourd'hui – lesquelles me paraissent trois mois, mais enfin ça va, je tiens bien le coup, et même de mieux en mieux. Vendredi, à FD, je n'ai pensé pour la première fois à la cigarette qu'au moment où je pénétrais dans l'ascenseur, non pour monter travailler mais pour m'en repartir, vers cinq heures de l'après-midi.

Ce qui est frustrant, c'est que les progrès sont à la fois lents et surtout peu sensibles. Il faudrait pouvoir se dire, plusieurs fois par jour : « Tiens, en ce moment, je n'ai pas du tout envie de fumer ! », mais c'est évidemment impossible. Si bien que, même si elles s'espacent et se raréfient, les pointes de manque paraissent presque aussi nombreuses qu'avant, puisqu'elles sont seules à se laisser repérer, et que l'intervalle entre deux reste non perçu, ou perçu de la même manière, qu'il soit de dix minutes ou de trois heures. Si bien qu'en même temps on espère avec impatience la période où l'on n'aura plus du tout envie de fumer, pas une seule fois du réveil au coucher, et on sait bien que ce moment ne se produira jamais, qu'en tout cas il ne sera pas perceptible comme tel.

Je me demande si tout ça est bien clair.

– Ce qui est moins drôle est que, sur la balance ce matin, je pesais 112 kg, contre 103 ou 104 il y a environ trois mois. Ce qui veut dire que, dès demain, en plus de la privation d'alcool et de tabac, il va falloir songer à se restreindre sur le chapitre de la nourriture. Et, d'un même élan, se mettre sérieusement au synopsis du BM 322 : ça commence à faire beaucoup, je trouve.

– Après avoir lu environ un tiers de son Ce que je crois, je pense que Jacques Ellul et moi-même allons en rester là de nos rapports. Ce que je lis parvient à m'intéresser deçà, delà, mais pas suffisamment pour avoir envie de creuser plus avant. Et puis, son absence totale de style n'est pas très incitatrice non plus.

– Parallèlement, ou presque parallèlement, j'ai commencé de relire Une ténébreuse affaire. Ce roman porte bien son titre car, pour le moment, après une trentaine de pages, j'ai toutes les peines du monde à comprendre ce que Balzac essaie de m'exposer : c'est embrouillé à souhait. Sinon, j'ai commandé hier le livre de Bat Ye'Or sur la dhimmitude.

– À propos du prochain BM, le 322e du nom, j'avais prévu d'en bâtir le synopsis d'ici mardi et d'en attaquer l'écriture dès samedi prochain, 15 janvier donc. De façon, en m'appuyant sur mes deux semaines de congé (dernière de janvier et première de février), à pouvoir n'y travailler que les matinées : vieux rêve jamais mis en pratique. Et ça risque de n'être pas encore pour cette fois car ce synopsis n'étant pas commencé, il est fort douteux que je puisse le mener à bien d'ici après-demain soir, d'autant que mon idée d'histoire est fort vague, c'est plus un thème, un décor, qu'une intrigue à proprement parler. Donc, son achèvement n'interviendra sans doute que le week-end prochain, ce qui va retarder le début de l'écriture d'une semaine, ce qui… etc. Bref, tout s'annonce à l'identique.


Lundi 10

Trois heures et demie. – Ce qui finit par être assez irritant, avec Ludovic, c'est le peu de valeur de confiance de sa parole, de ce qu'il dit. Par exemple, hier soir, revenant de Paris (alors qu'il n'avait nullement annoncé son retour), il nous annonce qu'il repart demain de bonne heure (ce matin, donc) parce qu'il a des choses importantes à faire à Paris, avant de partir pour Bourges. Dans les faits, il s'est levé à midi, ne parle plus du tout de Paris. Et comme il est déjà près de quatre heures, je doute qu'il parte pour Bourges (ou pour ailleurs…) aujourd'hui. Et c'est presque systématiquement comme ça. L'étonnant, le fait notable, c'est quand il suit à la lettre le programme dont il nous a abondamment trompetté les détails. car non content de ne pas faire ce qu'il annonce, il se croit toujours obligé de détailler et de circonstancier les dites annonces.

– J'ai décidé d'amorcer un régime alimentaire ce jour, afin de perdre ces huit kilos pris en à peine deux mois et demi. Ou, sinon de perdre ceux-ci, du moins de ne pas leur ajouter d'autres. C'est bien beau de ne plus fumer mais… Comme nous sommes lundi et que je suis monté sur la balance ce matin avant la douche, la pesée hebdomadaire se fera donc tous les lundis et sera dûment consignée ici même, soit comme auto-glorification, soit comme mortification, selon le résultat de l'opération. Donc :

113 kg.

– Revirement brusque à propos de Jacques Ellul : plus j'avance dans son Ce que je crois, plus je me passionne pour ce qu'il écrit, les pistes qu'il ouvre. Je pense que, contrairement à ce que j'affirmais hier, je n'en resterai pas là.

– Front tabagique : j'ai l'impression d'entrer depuis quelques jours dans une phase nouvelle. C'est-à-dire de quitter le cycle du manque proprement dit pour entrer dans celui que l'on pourrait appeler de la nostalgie. Dans un sens c'est bon signe, me semble-t-il : lors de mes précédentes tentatives, je supportais très mal, voire pas du tout, l'idée de ne plus fumer jamais. D'être définitivement privé du plaisir de fumer. Et c'est probablement ce qui me faisait reprendre, assez rapidement. Là, cette nostalgie dont je parle semble signifier que je regrette ce plaisir de fumer, que je regrette de l'avoir perdu à jamais. Ce qui devrait bien signifier que, cette fois, j'ai bel et bien entériné le fait de l'avoir perdu.

De fait, je n'éprouve plus de sensation de manque à proprement parler, mais, à différents moments de la journée, une brusque impression de vide, une sorte de mornitude de la vie à venir sans cigarette. Cela se produit environ entre cinq et dix fois par jour. Comme cela dure très peu à chaque fois, cela ne fait pas beaucoup, mais c'est plutôt plus pénible que ce qui se produisait jusque-là : le manque (ou l'envie de fumer, si l'on préfère) est quelque chose de plus concret, de plus facilement définissable (même si ça reste assez diffus), et donc de plus facile à combattre, ou au moins à circonscrire. Et puis, on sait bien, parce qu'on l'a lu partout, parce qu'on a des exemples multiples autour de soi, que le manque ne peut aller qu'en diminuant et en diminuant assez rapidement, ce qui aide bien à le supporter. Tandis que cette espèce de nostalgie de l'état antérieur, ce vide, cette morne vacance dans l'existence, personne n'en parle – et la tentation est grande de s'imaginer qu'elle va durer toujours, exactement semblable à elle-même. Là est peut-être le vrai piège que le cerveau se tend à lui-même.

– Décidément, la musique de Liszt continue de m'assommer tout autant qu'avant : le “miracle” qui s'est produit, ces dernières années, avec tant d'autres (Mahler, Sibelius, Bruckner, Chostakovitch…) n'a pas lieu avec lui. Je suis en train d'écouter la sonate en si mineur, par Arrau, et je trouve cela toujours aussi démonstratif, grandiloquent – et assez creux, pour tout dire.

(Là, à la place de creux, j'avais d'abord écrit coruscant, persuadé depuis toujours que ce mot signifiait “brillant et creux”. Quand je dis “depuis toujours”, c'est en fait depuis 1979, cette définition m'ayant été donnée, je m'en souviens avec netteté, par Jean-Marie Domenach, au CFJ. Or, ayant vérifié dans le Petit Robert, je m'aperçois qu'il signifie simplement “brillant”. Et, deuxième surprise, que le mot n'existe même pas chez Littré.)


Six heures. – J'avais fermé cet ordinateur pour retourner lire une heure dans la maison, après avoir nourri les chiens et en attendant d'être nourri moi-même. Mais, dans le salon, j'ai trouvé Catherine et Ludovic en grande conversation. Par conséquent, me rendant bien compte que toute lecture était exclue, je suis revenu ici après le repas des pépères. Pour y faire quoi ? Rien de spécial. Attendre qu'il soit l'heure de dîner, en écoutant Mendelsohn et sans avoir à subir de palabres. C'est dans des moments comme celui-ci que je vois l'intérêt qu'il y aurait à habiter une grande maison, quelque chose avec une dizaine de grandes pièces et tout en longueur ; de façon à ce que, installé à une extrémité, je puisse tout à fait ignorer qu'il y a quelqu'un à l'autre ailleurs. Ce pourrait être le cas ici, du point de vu de l'isolation, mais les pièces sont trop peu nombreuses pour que chacune ne soit dévolue qu'à un seul usage, d'où l'espèce de cache-cache auquel je me livre avec lui lorsque Ludovic est là.

Du reste, la personne même de Ludovic n'est pas tellement en cause : n'importe qui, à la place, me dérangerait tout autant. Enfin, peut-être pas autant tout de même. Adrien, par exemple, prend beaucoup moins de place. Mais c'est qu'il est un lecteur, donc capable de rester assis sans bouger ni rien dire durant un temps assez long. Alors que Ludovic non seulement a du mal à tenir en place mais ne peut s'empêcher de parler – en tout cas jamais très longtemps.

D'un autre côté je suis mal venu de me plaindre du temps que je passe devant cet ordinateur dans la mesure où, aujourd'hui, je n'ai pas fait mine de m'intéresser à mon synopsis, alors que j'aurais justement eu tout le temps de le faire.

– Les émeutes actuelles, en Algérie et en Tunisie, déchaînent un nouveau tsunami de bêtise et de mauvaise foi chez mes blogo-modernœuds favoris. Je dois d'ailleurs me tromper, en parlant de mauvaise foi : les Ruminants et autres délirants idéologiques croient réellement à la réalité de leurs fantasmes. Il est vrai qu'eux-mêmes font exactement le même reproche aux “fachos” que nous sommes censés être, sur ce petit théâtre de marionnettes. Bizarrement, tout le monde reste très discret sur l'Algérie : la situation de ce pays ne doit pas être assez simple, assez “noir sur blanc” pour que nos blogueurs moulinent leur habituelle indignation psittaciste. Tandis que la Tunisie c'est du velours, grâce à ce bon Ben Ali qui joue obligeamment (et avec zèle il faut bien le dire) le rôle du tyran stipendié par la méchante France et ses encore plus méchants grands patrons. C'est comme un piano mécanique, alors : le blogueur glisse une pièce dans son bastringue personnel, et la mélodie se joue toute seule. Et puis, hein, on ne va pas laisser passer une occasion de clamer à la face du monde sa solidarité avec ces toujours si malheureux Arabes, et sa profonde empathie pour eux : la modernodosité est un empire sur lequel le soleil de la solidarité virtuelle et de la compassion vertueuse ne se couche jamais.


Mardi 11

Quatre heures et demie. – L'impression, depuis ce matin, d'une soudaine recrudescence de l'envie de fumer, ce qui est bien étrange : pourquoi précisément aujourd'hui ? La chose reste fort supportable, elle n'en demeure pas moins un peu inquiétante, et le deviendrait encore plus si elle devait se prolonger. On verra demain, avec le retour à une journée levalloisienne.

– Ludovic a fini par partir ce matin, pour faire aujourd'hui (Paris + Bourges) ce qu'il devait faire hier. Quant à moi, je n'ai nullement fait aujourd'hui ce que je devais faire hier, et le synopsis est donc toujours au point mort.

– J'ai téléphoné ce matin à Marie-Thérèse, afin que nous déjeunions ensemble avant son départ à la retraite, le 31 de ce mois-ci. elle m'a informé que, GdV n'ayant encore trouvé personne pour la remplacer, elle restait à son poste jusqu'à ce qu'il. J'ai donc remballé mes projets de repas, trop heureux de n'avoir pas à m'aventurer dans Paris, ce dont j'ai de plus en plus une sainte horreur. J'ai aussi expédié mon mail mensuel traditionnel à Nancy pour lui rappeler que GdV me doit ce mois-ci 3600 €. S'il les paie – ce dont je doute : le mois de janvier est traditionnellement chiche d'argent –, ce sera la première fois depuis des années que mes comptes avec lui seront apurés. C'est bien pour ça qu'un règlement intégral me paraît impossible : il faut bien que certaines traditions se maintiennent, tout de même.

– Après les élucubrations hivernales du mois dernier, le temps est redevenu traditionnellement normand : ciel bas, pluie, vent, douceur de l'air. Et les chiens qui salopent toute la maison chaque fois qu'ils rentrent.

– À propos de chiens, Elstir, hier, est allé dégoter sous la terrasse un sac qui se trouvait là déjà lorsque nous avons acheté de la maison, en 2002, et l'a joyeusement déchiqueté dans l'herbe. Or, à voir le produit rose qui en est sorti, il semblerait bien que ce soit de la mort aux rats, produit fort capable de tuer un chien par hémorragie, en quelques jours, et sans grand signe avant-coureur. Évidemment, comme nous ne l'avons pas vu faire, nous ne savons pas s'il en a avalé ou non, ou bien un autre chien derrière lui, si le produit est encore actif après autant d'années, ni même s'il s'agit bien du poison que nous pensons. Le délai d'incubation est de trois à cinq jours, d'après les sites internet consultés par Catherine hier soir. D'ici 48 heures, nous avons intérêt à examiner ce gros imbécile à la loupe.


Mercredi 12

Trois heures. – Retour à Levallois, donc. Ce matin, visite imprévue chez le Dr Letertre, ma dermatologue (qui s'appelle en réalité Letertre-Machintruc, suivant la manie déjà assez ancienne des femmes mariées consistant à accoler le nom de leur époux au leur). Il y a quelques jours, j'avais constater la présence d'une trace rouge entre deux de mes orteils du pied droit. J'avais pris cela pour une trace de sang séché (ce qui était d'ailleurs absurde puisque je sortais à ce moment-là de la douche) et n'y avait plus pensé. Sauf que, ce matin, toujours au sortir de la douche, la tache était non seulement toujours là mais plus importante. Il n'a fallu qu'un coup d'œil à Catherine pour voir qu'il devait plutôt s'agir d'une sorte de mycose.

Dans un premier temps, j'ai d'abord obtenu un rendez-vous avec le Dr Garrigue à Neuilly pour demain, deux heures. Mais, arrivant au bureau, je me suis dit que si jamais le Dr Letertre avait une case de libre dans son emploi du temps, d'ici vendredi, cela m'éviterait le déplacement à Neuilly, son cabinet étant à cent mètres de ce bureau. J'y suis aussitôt allé voir. Il était onze heures vingt-cinq et, à ma grande surprise, la réceptionniste m'a proposé un rendez-vous pour onze heures quarante : un patient venait tout juste de se désister. Le verdict est tombé sur les coups de midi : champignon ayant entraîné un début d'eczéma. Peine incompressible : trois semaines de badigeonnage interdigital, matin et soir.

Pendant que j'étais au cabinet médical, j'ai réussi à obtenir un rendez-vous pour après-demain avec le Dr Gozlan, afin qu'il se penche sur certaine molaire qui me rappelle un peu trop son existence depuis environ une semaine. Bref, tout se déglingue en même temps. Et j'ai déjà un mois de retard (au moins…) pour ma visite de contrôle chez le cardiologue, cet excellent Dr Jobbé Duval. Mais, lui, je le retarde exprès le plus possible, afin de pouvoir lui annoncer un sevrage tabagique déjà suffisamment long pour n'être pas trop ridicule (du genre : « Docteur, j'ai enfin arrêté de fumer ! Depuis hier midi… »). Et puis, si je pouvais avoir reperdu quelques-uns des huit ou neuf kilos dont je viens de me lester, ce serait aussi bien.

À ce propos – les kilos –, Catherine m'avait préparé pour midi un bento “furieusement régime” et la tentation a été forte, sortant de chez la dermatologue, de faire un crochet par le Monoprix afin d'y rafler des nourritures plus substantielles et riches en graisses diverses. Finalement je n'ai pas craqué.

– Avec tout cela, je n'ai eu le temps ni de travailler (ou à peine) ni de penser à fumer, sauf au moment où je m'apprêtais à quitter le cabinet médical, moment de tabagisme traditionnel. Repensant à ma journée d'hier, où l'envie de fumer a été plus présente et plus forte, comme je crois l'avoir noté ici, je me suis dit que la solution, la solution “psychologique”, était peut-être de considérer le sevrage comme je le fais de mes fourmillements désormais permanents dans les mains et les pieds : comme un phénomène gênant mais non insupportable, et auquel il vaut mieux se résigner puisque de toute façon il ne cessera pas. Ainsi je gagne à tout coup : au pis, en effet je me résigne à vivre avec, et d'autant plus facilement qu'à partir de la prise de décision le manque ne pourra plus me prendre par surprise ; au mieux en constatant qu'il continue de baisser, jusqu'à peut-être disparaître, un jour. L'avantage est que, ne considérant plus du tout ce jour comme obligatoire, et encore moins comme prochain, je me protège du découragement, je me mets plus ou moins à l'abri de la reprise coup de tête (« Eh bien ! puisque c'est comme ça… »). Bien entendu, je ne suis sûr de rien.


Jeudi 13

Trois heures et demie. – Dès les premières pages du livre de Bat Ye'Or commencé hier soir, je lis que si les successeurs immédiats de Mahomet ont pu conquérir si facilement et si vite la Babylonie et la Syrie, c'est grâce au ralliement des tribus arabes qui, depuis près de deux siècles, parcouraient ces régions, s'y mêlaient pacifiquement aux populations et même, parfois, s'y sédentarisaient. Il en était même pour celles qui s'étaient christianisées, ce qui n'a nullement empêché leur ralliement à l'islam. Je me demande s'il serait permis d'en tirer des enseignements à valeur actuelle, concernant les fameux mais introuvables musulmans pacifiques, dits encore modérés. En tout cas, le livre s'annonce passionnant.

– Les antifascistes de profession se sont réveillés en sursaut hier ou avant-hier et s'agitent comme des poules sentant le renard. La cause : ce sondage indiquant que 22 % des Français se sentent plus ou moins en accord avec les thèses du Front national. Si l'on ajoute ceux qui n'osent pas avouer cet accord, on doit bien être à 25 %, voire 28. Et mes petits amis blogueurs d'entonner de façon automatique leur habituelle rengaine : on n'a pas assez expliqué aux gens ! Ce qui, évidemment, signifie : on ne leur a pas assez – ou pas assez habilement – bourré le crâne. Et on est encore à un an presque et demi de l'élection…


Vendredi 14

Quatre heures vingt. – Relecture complète du journal de décembre. ce qui est très bien, mais était-il besoin de venir jusqu'à Levallois pour ça ? Car, en dehors de ce travail tout personnel, j'ai dû œuvrer environ une demi-heure depuis ce matin, et encore était-ce de l'avance pour le numéro suivant celui en cours.

À compter du 20 décembre, on y parle beaucoup de tabac, dans ce journal, et pour cause. Je craignais, avant relecture, que ça ne vire un peu monomaniaque, mais en fait non : ça reste assez équilibré, me semble-t-il. Intéressant, peut-être pas, mais équilibré.

– Et voilà le travail qui arrive, bien entendu : une double-page sur Michel de Bourbon-Parme et ses aventures dans la Résistance et au Vietnam, sujet dont l'actualité pipeulesque ne me saute pas aux yeux pour le moment…


Samedi 15

Quatre heures. – Situation bizarre depuis ce matin, inédite en tout cas : je ressens assez impérieusement le besoin de publier un nouveau billet sur le blog-mère et, dans le même temps, je reste pitoyablement sec d'idées pour le faire. Je voudrais écrire quelque chose en partant du livre de Bat Ye'Or, à propos du rôle essentiel qu'ont tenu les populations arabes “pacifiques“ lors de l'invasion de la Syrie, la Palestine et la Mésopotamie, dans les années suivant la mort de Mahomet, ainsi que sur celui, non moins crucial, des “élites” grecques et turques lors de la conquête ottomane, huit siècles plus tard – car évidemment les résonances sont grandes avec la situation qui est la nôtre aujourd'hui. Eh bien, rien à faire. Au bout d'une phrase ou deux, les doigts me tombent du clavier et mon cerveau s'assèche irrémédiablement. J'ai finalement renoncé.

– Sinon, rien à noter d'autre ici, à part le fait, passionnant, que je viens de cirer deux de mes quatre paires de chaussures, les church noirs et les bottines marron. En dehors peut-être de ceci : je me suis aperçu que ces dernières – les bottines – présentaient désormais des signes de vieillissement tels que l'agonie semble désormais assez proche. Or, ce n'est pas rien de se séparer de chaussures qui vous ont accompagné durant 12 ou 15 ans, comme le font couramment les Weston pour peu qu'on les aime et les choie – c'est une partie assez large de sa propre existence qui disparaît. Et, bien sûr, je me moque en écrivant cela, mais pas tant qu'on pourrait le croire. La séparation est d'autant plus pénible qu'elle implique généralement l'achat d'une nouvelle paire afin de remplacer la défunte, ce qui est toujours désagréable pour deux raisons : 1) c'est très cher ; 2) lune paire de Weston, sauf peut-être les mocassins, et encore, ne s'apprivoise pas aussi facilement : il faut des semaines, parfois des mois, de compagnonnage prudent, avant de pouvoir dire que, oui, ça y est, on est vraiment faits l'un pour l'autre.

J'ai déjà évoqué devant Catherine le fait que les bottines allaient bientôt devoir être remplacées. J'ai bien senti qu'elle renâclait devant le prix. Moi aussi du reste. D'un autre côté, ce n'est pas lorsque les BM auront cessé d'être que je pourrai faire un achat de ce type. Donc… D'autant que je tiens fort à conserver au moins trois des quatre modèles que je possède actuellement, à savoir : les Derby (la paire dont je pourrais éventuellement faire le sacrifice), les Richelieu, les mocassins (rouge) et enfin les fameuses bottines. Je vais tenter une nouvelle approche : lui dire que si j'arrive à vendre la série “Versailles” à Philippe B. pour 4 x 1000 €, je m'offrirai les bottines ; sinon, j'y renoncerai. voilà qui devrait m'encourager un peu à me montrer persuasif. Je veux dire : professionnellement persuasif.

– Il faut vraiment et absolument que je fasse, ce week-end, le synopsis du prochain BM et le texte pour Jérôme. En commençant dès demain par ce dernier. (Et pourquoi pas dès aujourd'hui ? demande le lecteur avec un peu d'ironie dans l'arrière-gorge… Réponse : parce que j'ai ciré mes chaussures et que ça suffit comme ça pour ce jour.)

– Mail de Valérie Scigala, me disant qu'elle vient de parcourir mon journal de juin (quelle idée bizarre, six mois après publication !), où je donne mon sentiment au sujet du procès qui l'oppose (l'a opposée ? Je n'ai absolument pas suivi l'affaire et ne sais même pas si le jugement a été rendu) à Juan A. Lequel m'en veut plus ou moins de lui avoir refusé mon soutien dans ce même procès, comme je l'ai appris par… mais je ne vais pas dire par qui, de peur de relancer une machine infernale dont je serais bien en peine de me rendre maître ensuite. Elle y précise, dans ce mail, un certain nombre de choses que j'ignorais…

Et je m'aperçois que je n'ai nulle envie de revenir sur cette histoire dans ce journal. Donc, basta. Je vais tout de même répondre à Valérie. (Mais seulement demain car, aujourd'hui, j'ai ciré mes chaussures.)


Dimanche 16

Cinq heures. – Je viens d'essayer de répondre à VS, mais finalement j'y renonce. Pour la simple raison qu'il n'y a finalement rien à lui répondre, me semble-t-il, puisque son mail est tout de précisions et d'explications. Je ne vois rien à ajouter à ce qu'elle me dit. D'autant moins que cette histoire me semble fort loin et a tout à fait cessé de m'intéresser, si tant est qu'elle ait jamais eu cet effet.

– Cette fois le synopsis du BM 322 est lancé. J'ai bricolé le thème, qui tient à peu près debout il me semble, trouvé ce qui se passait au premier chapitre, et vaguement défini les cinq personnages principaux. C'est Ludovic qui m'a suggéré d'articuler mon thème d'association antiraciste avec une histoire de “sexe-collocation” : c'est une bonne idée et je la garde en effet. Il me reste, demain, à dérouler une intrigue et à la découper en 12 chapitres, comme d'habitude. Éventuellement peaufiner le tout mardi, mais il me semble que je n'aurai guère le temps, devant aller à Évreux chercher mes nouvelles lunettes et aussi acheter du vin pour le week-end suivant, lorsque Anna et Dominique seront ici. Enfin, le tout est que ce synopsis soit prêt à l'emploi pour le lundi suivant, lendemain du départ des Pluton et premier de mes deux semaines de vacances studieuses.

– Je suis tout a fait ravi de voir Anna et Dominique chez nous durant deux jours, et je le suis même doublement : ravi de leur présence elle-même, bien entendu, mais aussi de l'excellente raison que cela me donne pour rompre, vendredi et samedi soirs, mon jeûne alcoolique. Lequel reprendra dès le dimanche ou, à l'extrême rigueur, le lundi (et dans ce cas, soyons réalistes, je ne me mettrai pas à l'écriture du BM avant mardi…)

– Marine Le Pen devient donc présidente du Front national avec près de 70 % des suffrages, ce qui est une belle et incontestable victoire pour elle. Comment cela se traduira-t-il politiquement ? Comment va évoluer ce parti qui, jusque là, ne fut jamais “fréquentable”, en tout cas jamais votable à mes yeux ? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais je vais observer tout cela avec beaucoup d'intérêt, je crois. Le dernier sondage paru la crédite d'environ 18% d'intentions de votes en cas d'élection présidentielle, ce qui doit vouloir dire environ 20% en réalité. C'est beaucoup et, si elle elle s'y prend bien, ça peut encore monter. Surtout si la gauche et la pseudo-droite s'évertuent à faire comme si l'immigration ne préoccupait pas du tout les Français, et à traiter de racistes et de franchouillards ceux qui affirment tout de même que si, malgré l'opprobre qui leur retombe immanquablement dessus. Est-ce à dire que je crois Marine Le Pen désirer sincèrement s'attaquer à ce problème si l'occasion lui en était donnée ? Je n'irai pas jusque-là… Ce dont je suis à peu près certain, hélas, c'est que les autres, tous les autres, y sont encore bien moins décidés.


Lundi 17

Trois heures. – Finalement, si l'on en juge par la situation dramatique qui est faite aux chrétiens survivant sous le joug islamique, quand ils survivent, ainsi qu'au sort promis par les Arabes aux juifs d'Israël, on se dit que la seule chose qu'on puisse sérieusement reprocher aux Croisades, c'est d'avoir échoué : éradiquer l'islam dès le XIe siècle aurait été, de la part de nos ancêtres, un fier service à nous rendre.

– Il est bien difficile de se moquer de gens dont le fils vient d'être massacré, comme c'est le cas pour les deux jeunes Français originaires de la banlieue de Lille, enlevés au Niger et retrouvés morts au Mali, mais enfin cette décision des familles en question de remplacer la traditionnelle et finalement plutôt digne minute de silence par une minute de bruit, cette décision, cette idée, tout cela donne quand même envie de les traiter de tous les noms, avec une dilection pour les plus malsonnants.


Mardi 18

Cinq heures. – Après-midi de merde, tiens. Ma “feuille de route” comportait deux haltes : la première au centre d'Évreux, chez l'opticien, où m'attendaient mes nouvelles lunettes, fort seyantes et modernodales à souhait avec leur cerclage vert pomme ; et la seconde au Carrefour, situé fort heureusement sur le chemin du retour. Les lunettes fluo m'attendent toujours à la boutique du lunettier, où j'ai renoncé à attendre mon tour, sachant le temps que cela allait prendre et ne tenant nullement à me retrouver dans l'enfer de Carrefour sur les coups de cinq heures, en même temps que cent mille Ébroïciennes affligées d'enfants braillards. Dans l'hypermarché en question, je n'ai guère trouvé que la moitié de ce que j'y étais venu chercher, ce qui ne m'a pas rendu ma bonne humeur. Le miracle est que rien de tout cela ne m'a donné spécialement envie de fumer.

– Sinon, Jean Dutourd est mort hier, et je pèse toujours 113 kg, exactement comme la semaine dernière. Bouteille à moitié vide : je n'ai pas réussi à reperdre rien des kilos pris depuis trois mois. Bouteille à moitié pleine : j'ai réussi à donner un coup d'arrêt à la prise de poids.


Mercredi 19

Cinq heures et demie. – Rien envie d'écrire ici. Trop tard, sans doute. J'ai l'impression d'avoir passé ma journée à aller à Levallois et à en revenir, avec rien entre les deux, ni avant, ni après – impression bizarre et peu agréable.

– Bel hommage de François Taillandier à Jean Dutourd dans Causeur, où je ne savais pas qu'il écrivait.

– D'après Brice, mes jours de travail à FD devraient être décalé vers le début de la semaine : mardi-mercredi-jeudi au lieu de mercredi-jeudi-vendredi. Je m'en fous absolument. Il y a du pour (plus de retour dans les bouchons du vendredi soir) et du contre (le bouclage du mardi, journée la plus lourde de la semaine, à laquelle j'échappais jusqu'à présent). Mais globalement je m'en fous.


Jeudi 20

Deux heures. – Mot pour désigner nos fameuses élites de gauche (qui au fond ne me paraissent être ni l'un ni l'autre) : les collabobos. Pensé à cela en écoutant les excellents entretien donnés par Cassandre au parti de l'In-nocence, sur ce qu'elle appelle le Cinémonde, c'est-à-dire ce monde artificiel, déconnecté du réel, dont les comédiens (que Cassandre déteste encore plus que moi) sont les principaux véhicules.


Vendredi 21

Deux heures moins le quart. – Plutôt qu'islamophobe, terme que je persiste à récuser parce qu'il fait partie de ce que j'appelle les “mots de l'ennemi”, je me définirais volontiers comme islamofuge. Car cette religion, toute guerrière et intolérante qu'elle soit, ne me fait pas peur (contrairement à l'effet qu'elle produit sur les collabobos, ces dhimmis non seulement volontaires mais devançant presque l'appel) mais j'aimerais beaucoup pouvoir l'éloigner le plus possible de moi, des miens, de mon pays, etc. L'éloigner à perte de vue (et d'ouïe)

Et puisqu'on en est à inventer des mots, je ferais volontiers miens ceux forgés par l'irremplaçable Cassandre du P.I. : Arabouillards et Blackouillards, bâtis évidemment sur le modèle de Franchouillard. Il faudrait soigneusement, en partant du modèle, définir ce qu'on entend par eux, puis se mettre à les employer couramment et naturellement. Et attendre les réactions, qui ne devraient pas être longues. Ni bienveillantes.

– J'ai essayé de joindre Dominique sur son portable afin de lui dire que je serai sans doute prêt à partir plus tôt que ce que je lui avais d'abord dit, à savoir cinq heures et demie. Mais il était sur messagerie. J'ai laissé un message lui demandant de me rappeler vers trois heures et demie, pour qu'on fasse un petit point.


Dimanche 23

Sept heures et demie. — Nous avons conduit Emma et Pluton à la gare d'Évreux en tout début d'après-midi, après les presque deux jours qu'ils ont passé ici. Journées qui ont passé très vite et furent vraiment agréables. Nous avons bien entendu rompu le jeûne alcoolique vendredi et samedi soirs, mais en nous cantonnant au vin blanc, ce qui fait que nulle ivresse excessive ne fut à déplorer. J'ai pu constaté encore une fois, comme le 2 janvier lors de la visite des Crevette et de Marchenoir, que le fait de boire n'augmentait nullement mon envie de fumer ; je me demande même si ce ne serait pas l'inverse. Je crois bien, lors de ces deux soirées, n'y avoir pas pensé plus d'une fois ou d'eux, et d'une manière fort évasive.

Pluton nous a esquissé un tableau de la situation des hôpitaux (et surtout à Marseille où il officie) qui donne froid dans le dos.

Ils étaient arrivé les bras chargés de cadeaux, selon la formule éprouvée, et notamment, pour moi, quatre disques de guitare classique, laquelle faisait jusqu'alors cruellement défaut dans mes discothèques virtuelle et réelle.

La cuisine de Catherine fut presque parfaite, hormis peut-être la tourte franc-comtoise du premier soir, qui se révéla inférieure aux espérances que nous avions mises en elle, malgré la suprême excellence de la saucisse de Morteau qui s'y trouvait incorporée. Le seul vrai ratage (et encore, très relatif) fut, samedi, notre après-midi touristico-culturel. Nous avions d'abord pensé les emmener visiter le château d'Anet ; je regarde sur Internet : fermé jusqu'au 1er février. Sachant que Pluton s'intéresse à l'archéologie, nous nous rabattons sur Gisacum, le site romain du Vieil Évreux : fermé également. En désespoir de cause, nous mettons le cap sur Giverny, sans même passer par la case internet, bien certain que j'étais qu'un site aussi mondialement connu ne pouvait qu'être ouvert à l'année longue. Point du tout : réouverture le 1er mars. De guerre lasse nous sommes rentrés à la maison, non sans toutefois aller jeter un coup d'œil aux boucles de la Seine (et aux hangars qui s'y lovent…) du haut du site de Château Gaillard. Et c'est là que la pluie a commencé à tomber…

Mais enfin, à part ça, week-end parfait, avec des gens d'excellente compagnie.

– Terminé le livre de Bat Ye'Or dont j'ai un peu parlé ici ces jours derniers, et j'ai enchaîné sur un second de la même : L'Europe et le spectre du califat. Là encore, là aussi, il y a de quoi se faire de belles glaciations dorsales. Du coup, l'exil gaspésien fait un retour en force, au moins dans l'esprit de Catherine. À moins qu'une résistance s'organise dans les montagnes d'Auvergne. Mais je serai alors un peu âgé pour aller crapahuter fusil à l'épaule sur la chaîne des puys. Pluton me disait avoir eu l'occasion de parler avec quelques membres des services secrets français, lesquels se préoccupent fort, depuis quelque temps, des risques de guerre civile en France… Mais si on énonce ça à voix haute, on passe immanquablement pour un paranoïaque délirant de première grandeur.

– J'ai décidé de m'octroyer deux jours de repos (avec repassage en mode eau minérale – prochaine rupture de jeûne prévue : le 19 mars pour mes 55 ans) avant d'attaquer le nouveau BM, Ardentes bénévoles. Et pas de FD avant la deuxième semaine de février, ce qui suffit à mon bonheur, ou presque.


Lundi 24

Cinq heures. – Au fond, compte tenu de la nature même de l'islam, la seule chose que l'on puisse sérieusement reprocher aux croisades c'est d'avoir échoué. L'humanité se serait probablement fort bien portée de leur victoire et de l'éradication consécutive de la névrose mahométane.

– Je viens de relire et de corriger le journal de décembre, ce qui est toujours la meilleure des excuses pour ne pas commencer un Brigade mondaine. J'y parle beaucoup de mon arrêt du tabac, mais pas trop il me semble. Du reste, plus ça va et moins il y a à en dire, maintenant que la situation semble à peu près stagnante. Et c'est peut-être le vrai danger qui se profile : par moment, lorsque le manque pousse une petite pointe, je ressens une certaine lassitude, un commencement de découragement, me disant que si c'est pour supporter ça jusqu'à la fin de mes jours le jeu n'en vaut décidément pas la chandelle. Heureusement ce sentiment s'évanouit en une poignée de secondes.

– Je viens de me résoudre à envoyer un mail à Jérôme Vallet pour lui dire que, malgré plusieurs tentatives, je ne parviens absolument pas à écrire le texte qu'il attend de moi sur sa musique. Je suppose qu'il va plus ou moins m'en vouloir, mais je n'y peux vraiment rien. De ces tentatives infructueuses, je ressens moi-même une certaine humiliation.

– Pour revenir au BM, ce ne sera pas pour demain non plus, puisque je dois aller à Évreux en début d'après-midi pour y chercher mes nouvelles lunettes. Dans la mesure où cet aller-retour ne devrait pas me prendre plus d'une heure, l'excuse est limite – mais elle fera l'affaire.

– Ce matin sur la balance, 114 kg, soit un de plus que la semaine dernière. Il est vrai que notre week-end plutonien n'a rien fait pour alléger nos repas, sans parler du vin bu. Il va vraiment être temps d'envisager un petit régime de croisière. Et une reprise de la marche quotidienne. Pourquoi la vie est-elle parfois si décourageante ?


Mardi 25

Cinq heures. – J'ai fini tout à l'heure le livre de Bat Ye'Or, L'Europe et le spectre du califat : j'espère qu'elle noircit le tableau, car sinon c'est à se flinguer. Si en revanche elle n'exagère rien (et elle cite presque toujours ses sources…), je ne vois pas comment, avec l'esprit munichois qui nous gangrène, comment nous pourrions éviter l'asservissement (dhimmitude) qui nous est réservé.

Pour ne pas sombrer dans la dépression, je change…

Coup de téléphone de ma mère : le cancer du côlon dont mon père a été guéri (en principe) il y a deux ans vient de réapparaître dans les deux poumons. Cette fois, je ne crois pas que l'optimisme soit de rigueur… Il vient d'avoir 78 ans : passera-t-il les 80 ? Du coup, ma mère va devoir s'occuper de lui (l'emmener à Reims pour les séances de chimio notamment) tout en continuant de s'occuper de sa propre mère, ce qui risque de faire vraiment lourd.

Plus trop envie de parler de mes lectures, du coup.


Jeudi 27

Deux heures et demie. – Je pense que je suis de nouveau fâché avec Jérôme Vallet – c'est-à-dire, bien sûr, lui avec moi. Il y a trois jours, après m'y être essayé cinq ou six fois et en échouant d'autant, j'ai fini par lui envoyer un mail pour lui dire que je renonçais à écrire le texte que j'avais dans un premier temps accepté de faire à propos de son disque, que j'en étais quelque peu mortifié mais que je devais me rendre à l'évidence : je n'y arrivais pas. J'ajoutais qu'il pouvait utiliser ce que j'avais déjà écrit sur sa musique (que je lui remettais en "doc joint") mais que je n'étais décidément pas capable de faire mieux. Eh bien, après un silence de deux jours, j'ai reçu hier cette réponse, sans en-tête ni signature : « Vous vous êtes bien fichu de moi. »

Qu'il soit déçu ou furieux de ma défection, qu'il en soit froissé, qu'il en conçoive quelque ressentiment, à la rigueur je pourrais le comprendre. Mais par quels mécanismes mentaux en arrive-t-il à la conclusion que je me suis “fichu de lui” ? C'est ce que je ne parviens pas à comprendre. Enfin, quoi qu'il en soit, fâcherie, donc. Qui doit finalement être l'état le plus naturel de nos relations, les périodes d'entente et de communication relevant de l'exception, voire du malentendu. C'est comme ça, je n'y puis rien il me semble, et je ne m'en soucie guère. D'autant moins en ce moment où j'ai d'autres sujets de réflexion en tête.

– Car, évidemment, je pense beaucoup à mon père depuis avant-hier. D'après les explications de ma mère, il s'agirait de nodules cancéreux, répartis dans les deux poumons, et provenant bien sûr de son cancer primitif, au côlon. Catherine est aussitôt allé voir ce qu'elle pouvait glaner de renseignements sur Internet, et ceux qu'elle y a trouvés n'inclinent pas du tout à l'optimisme – qui n'est de toute façon pas dans ma nature, surtout en ces questions : si le cas de mon père est bien celui décrit par ma mère, ses chances de survie à un an seraient de moins de 20 %. Ce qui n'est ni rien ni grand-chose. Bizarrement, Isabelle et Olivier ont eu ce même réflexe de se précipiter sur internet et, de leur consultation, ils sont ressortis, eux, plutôt ragaillardis. Est-ce que nous avons lu des choses si différentes, ma sœur et nous, ou bien nos facultés d'interprétation deviennent telles que plus rien ne subsiste de vraiment intelligible ?

Toujours est-il que mes pensées tournent à grande vitesse depuis deux jours, mais elles le font à vide et sans rien en retirer, comme un prisonnier dans sa cellule. Aucun sentiment identifiable non plus. C'est pour l'instant comme si j'avais cauchemardé tout cela. Ou comme si ça concernait en réalité quelqu'un d'autre et qu'on s'était adressé à moi par erreur. C'est à peine si flotte autour de moi et en moi l'impression d'une vague menace, la promesse d'un irréversible prochain, mais encore malaisé à définir. Il n'empêche que j'y pense sans cesse, ou pas loin, et que – seule conséquence concrète pour le moment – cela me rend encore plus impropre à plonger dans le BM qui m'attend. À midi, j'ai annoncé trois feuillets à Catherine (alors que je n'ai pas écrit le premier mot), mais ça ne m'a même pas amusé, cette application mécanique d'une tradition déjà presque d'un autre âge.

(Interruption : Catherine revient du Carrefour…)


Quatre heures et demie. – Bon, les trois feuillets annoncés à Catherine au moment du déjeuner, je viens finalement de les écrire, ce qui rattrape en quelque sorte mon mensonge. Sauf que cela ne rattrape rien du tout dans la mesure où, tout à l'heure, de retour à la maison, elle va me demander combien j'ai écrit de feuillets en tout, et que je vais probablement dire cinq. Ou six. Alors qu'il n'y en aura bel et bien que trois. Mais enfin, la machine est lancée, l'action du premier chapitre a trouvé son décor (l'ancien appartement de Bernard P. où j'ai dîné et déjeuné assez souvent à l'époque où nous travaillions ensemble à divers livres) et mon député violeur et assassin a reçu ses premiers traits de crayon : une sorte de Georges Frêche, au physique.

– Du coup, par le simple fait de ces trois pages écrites, et écrites vite et bien, je me sens beaucoup moins morose que tout-à-l'heure, lorsque je suis arrivé dans ce journal. Pour un peu, j'écrirais bien deux ou trois pages de plus…


Samedi 29

Dix heures et demie du matin. – Pourquoi n'ai-je rien écrit ici hier ? Parce qu'au moment où j'allais y venir, je suis tombé, chez Romain Blachier, sur le portrait d'une “escroc à l'artistique” qui a provoqué ma bonne humeur et excité ma verve au point d'en faire un petit billet sur le blog-mère. Après, il n'était plus temps. Et pourquoi y suis-je à cette heure si habituelle, puisqu'on en est aux questions idiotes ? Parce que, Catherine étant absente (elle fait désormais “bonne du curé informatique” tous les samedis matins ; soit, en français d'aujourd'hui, du bénévolat au presbytère, affecté à la prise sur ordinateur de choses diverses), je n'ai évidemment pas eu la moindre envie de m'atteler au BM en cours. Quand je dis “en cours” c'est un très net abus de langage, dans la mesure où il n'a même pas encore dix pages écrites. Évidemment, comme je ne suis pas en retard, ni même en passe de l'être, je n'ai aucunement tendance à me fustiger pour me mettre au travail. Cela étant, à compter de demain il va bien falloir. Il me restera alors un maximum de quatorze jours, ce qui veux dire quinze pages par jour sans mollir un seul, plus un petit rabiot le dernier jour. Or, devant aller chercher mes nouvelles lunettes à Évreux lundi, en début d'après-midi, je sais déjà que je ne ferai rien en rentrant. Et je serais fort surpris qu'il n'y ait pas deux ou trois autres demi-journées “à excuse” d'ici le 15 février.

– L'un des commentateurs du billet d'hier (celui mis en lien au paragraphe précédent) s'affirme certain que Robert Marchenoir et moi ne sommes qu'une seule et même personne : s'il pouvait savoir à quel point cette idée est drôle à force d'être saugrenue…

– Je tente d'apprivoiser l'idée que mon père ne verra peut-être pas son quatre-vingtième anniversaire. Il faudra bien y réussir plus ou moins.

– Aucun changement sur le front du tabac. Pour le peu que j'ai travaillé au BM, il ne me semble pas que cela ait accru mon envie de fumer. Du reste, je ne peux pas dire que j'aie réellement envie de fumer. Disons que je subis, par moment, des pointes de nostalgie ; quelques poignées de secondes, plusieurs fois par jour, durant lesquelles je regrette de ne plus fumer. Mais, en gros, la satisfaction d'avoir arrêté l'emporte très largement. J'ai maintenant hâte d'en arriver à la période “sans filet”, c'est-à-dire après l'arrêt du champix. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite puisqu'il me reste deux plaquettes de comprimés, d'un mois chacune.

Sur ILYS, à propos de ces deux médicaments en ce moment sur la sellette, le Mediator et le Roaccutane, Blueberry écrit ceci :

Quoiqu’il en soit, si on regarde les populations cibles de ces deux médicaments on trouve les boutonneux et les gros. Qui font partie de ceux qui, sans des médicaments, auraient du mal à se reproduire efficacement.

Ils ont tenté de tricher.

Ils ont été punis.


Moi qui fus à la fois l'un et l'autre, depuis ma prime adolescence, je me suis bien gardé de laisser le moindre commentaire et suis allé ruminer ma punition céleste un peu plus loin. Cela étant, j'ai pris par deux fois du Roaccutane (très efficace) dans ma vie, à chaque fois pendant de longs mois d'affilée et, en dehors d'une tendance nette à la gerçure des lèvres, je n'ai eu à subir aucun des effets secondaires que l'on dit.

– Je me passionne pour la biographie de Frédéric II de Kantorowicz. Je vérifie à chaque page que j'ignorais à peu près tout de l'histoire de l'Allemagne à cette période (et aussi à quantité d'autres, avoue-le !), les rapports entre ses souverains et la papauté, etc. Je devrais recevoir au début de la semaine prochaine le premier tome d'un livre sur les croisades, que m'a chaudement recommandé l'un de mes jeunes commentateurs, Philippe Lemoine, écrit par un historien don le nom est en train de m'échapper (Grousset peut-être bien ; René Grousset ?), ce qui me permettra de rester plus ou moins dans la période. Et peut-être d'y rester plus longtemps que prévu car, naturellement, dès que l'on tire un fil de la pelote l'envie point rapidement de relire telle chose aux trois-quarts oubliée, d'explorer tel domaine particulier, etc.

Je me demande d'ailleurs s'il est possible de s'intéresser un beau jour à l'histoire si ce n'a pas toujours été le cas. Comment faire ? Par où commencer lorsque l'on n'a aucune base ? Sans doute faut-il lire d'abord une bonne Histoire de France générale, ni trop sommaire ni trop copieuse, afin de se donner un cadre plus ou moins solide, puis s'aventurer un peu au hasard dans les parties du tableau qui attirent le plus. Mais peut-on faire cela à quarante ans ? À cinquante ? Cela étant, ce que je dis là de l'histoire doit être vrai pour les autres disciplines du savoir. Et c'est ainsi qu'après avoir lu, il y a quatre ou cinq ans, une copieuse histoire de la philosophie en trois volumes, j'en suis courageusement resté là de mes velléités. Mais, dans le cas de la philosophie, l'aborder par son histoire n'était probablement pas la bonne méthode.


Dimanche 30

Cinq heures. – Cette fois, je crois que le BM est réellement lancé, même si à petite vitesse encore : 14 SLO, 11 SLP. Il va s'agir de monter à quinze feuillets demain et tenter d'atteindre vingt à compter de mercredi. Mais, écrivant cela, il me revient que je suis censé aller chercher mes nouvelles lunettes demain à Évreux, en début d'après-midi…

– Je viens de mettre en ligne le journal de décembre 2010 et de préparer le petit billet d'annonce qui paraîtra demain matin sur le blog-mère. La routine, quoi.

– Rien de plus à signaler je crois. Grand soleil et froid tenace.

– Ah, si, tout de même : ce consternant nuisible de Rémi Bégouen qui, chez les Ruminants, se livre à un parallèle réjouissant entre le Hamas et les Frères musulmans d'un côté, les Secours catholique et populaire de l'autre, assène une preuve supplémentaire de sa bassesse morale. Ensuite, en commentaire, ça tourne à l'hystérie idéologique – à l'hystéridéologie. Dame Clomani, notamment, en est à l'heure où j'écris à soutenir avec enthousiasme les barbus islamistes, tout en se roulant dans son anti-occidentalisme avec délectation : ça finit par devenir cliniquement impressionnant. Même les autres commencent à se sentir gênés aux entournures, face à cette folle. Du reste, maintenant que j'y pense, cela vaut bien un petit rajout à mon billet. J'y vais.


Lundi 31

Quatre heures. – Retour d'Évreux il y a un instant : me voilà donc affublé de nouvelles lunettes à la monture vert pomme – très fine heureusement, mais vert pomme. Lorsque le lunettier les a sorties de leur étui, j'ai tout de même eu un petit sursaut mental : je ne me souvenais pas qu'elles l'étaient à ce point, vertes. Il va falloir que Catherine me prenne en photo et que je mette le résultat sur le blog-mère afin que chacun y trouve une bonne occasion de se foutre librement de ma gueule, au sens propre du terme.

– Le front BM s'enfonce inexorablement, comme chaque fois. J'ai dû écrire quatre feuillet ce matin, et bien entendu, sous prétexte de cet aller-retour rapide à Évreux (avec passage au Carrefour tout de même, pour y faire le plein de cancoillote et de sauce soja japonaise), je n'envisage nullement de m'y remettre maintenant, bien que l'heure soit encore fichtrement peu avancée.

– Un commentateur que je ne crois pas connaître, Bertrand Labarre, qui semblerait bien être photographe, me laisse un commentaire après avoir lu mon journal de décembre, en ligne depuis hier, pour me recommander la lecture d'un auteur japonais dont j'avoue n'avoir jamais entendu parler, ce qui n'est pas un exploit : Osamu Dazaï. Et, bien entendu, comme chaque fois, rien ne me semble désormais plus urgent, plus indispensable, plus prioritaire que de lire en effet cet écrivain dont j'ignorais encore l'existence il y a une demi-heure. Pour l'instant je résiste à la tentation Amazon. (Bon titre, ça : La Tentation amazone.)

– Puisque j'en suis à parler de mes commentateurs de blog, j'ai vu débarquer il y a deux ou trois jours une jeune femme libanaise répondant au nom de Hala Moubarak et vivant à Beyrouth. Elle tient un blog, dans lequel elle tente de dire la peur et l'accablement qu'elle éprouve à vivre une fois de plus dans ce pauvre Liban rapté par les tueurs du Hezbollah. Elle le fait dans un style fleuri, parfois un peu ampoulé au regard de nos critères occidentaux, mais avec une sincérité douloureuse. Je l'ai assurée de ma compassion et de ma totale solidarité, mais qu'est-ce que ces mots signifient, concrètement ? En quoi pourraient-ils l'aider ? En fait, je l'ai surtout assurée de la honte qui était la mienne devant la bassesse morale de trop de mes compatriotes face à ce que vivent les Libanais (et pas seulement eux, bien entendu). C'est dans ces moments-là que l'on aimerait voir toutes nos vieilles raclures gauchistes se mettre brusquement à pourrir par la tête comme n'importe quel poisson jeté au soleil.

Mais comme il m'ennuierait de finir ce mois en pensant à ces répugnants collabobos, à genoux dans leur propre sanie, je préfère revenir à cette Hala d'outre-Méditerranée, vers qui aujourd'hui vont mes pensées mélancoliques et coléreuses.

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